| L’ ÉVOLUTION DE LA SITUATION
AU MEXIQUE, POINT DE VUE DES INDIGÈNES
De l’horreur économique à la violence
institutionnelle :
Depuis la défaite historique du PRI (Parti
Révolutionnaire Institutionnelle) et l’entrée en fonction
du nouveau président, Vicente Fox du PAN (Parti d’Action
Nationale) en décembre 2000, les attentes populaires
et indigènes de changement ont été constamment déçues.
Tout est à vendre au Mexique !
Comme prévu, Fox s’est illustré par son
zèle néolibéral : aux conséquences désastreuses
de l’ALENA [1] (crise agricole frappant de plein fouet
les petits producteurs de maïs et de café – développement
des maquiladoras aux frontières – émigration accrue)
s’ajoutent sans répit des projets de nouvelles privatisations :
eau, électricité, pétrole, parcs naturels, sites archéologiques,
etc., ceci dans le contexte des méga-projets continentaux
prévus par le PPP (Plan Puebla – Panama), lui-même conçu
en vue de la concrétisation de la Zone de Libre Echange
des Amériques (ZLEA).
Ces projets se heurtant à une vive résistance,
parfois avec succès, le climat politique de répression
est redoublé. Les groupes du genre paramilitaire s’installent
un peu partout, la militarisation a augmenté, la violence
institutionnelle s’est encore durcie, se concentrant
surtout dans les États où survit 80% de la population
indigène.
De l’horreur juridique à la construction
de l’autonomie :
Le conflit armé n’est donc pas résolu.
La promesse de rendre justice aux 62 peuples indigènes
mexicains – dont ceux du Chiapas, qui avaient réveillé
le Mexique entier par leur soulèvement en 1994 – n’a
pas été tenue. Il n’y a pas eu de « fin heureuse »
à la « Marche pour la Paix » des zapatistes
sur Mexico en mars 2001 : les accords de San Andrés
sur les droits indigènes, signés en 1996 entre les zapatistes
et le gouvernement, n’ont pas été suivis des modifications
constitutionnelles nécessaires à leur mise en pratique.
En revanche, suite à diverses stratégies retorses, c’est
une « Loi Indigène » inacceptable qui a été
approuvée en 2001 par le Congrès mexicain : celle-ci
nie notamment les droits à l’autonomie et à la propriété
et usage des ressources naturelles. Vu le contexte brutalement
néolibéral qui caractérise le Mexique, cette loi est
entrée en vigueur sans consultation des premiers intéressés,
en violation flagrante de l’article 169 de l’OIT qui
garantit le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
A cette gifle juridique, les indigènes,
et particulièrement les zapatistes du Chiapas, ont répondu
par la dignité d’un long silence, mais un silence actif.
Le CNI (Congrès National Indigène) a travaillé à resserrer
les liens entre les ethnies. Présent en force à Cancun
en septembre dernier, il a dénoncé la sauvagerie des
politiques de globalisation capitalistes imposées par
l’OMC.
Parallèlement, s’opposant par l’action
constructive à la « Loi Indigène », plusieurs
ethnies s’attachent maintenant à définir et mettre en
pratique des formes d’autonomie, s’arrogeant le droit
légitime d’appliquer les Accords de San Andrés. Au Chiapas,
la réflexion sur l’autonomie a débouché sur de nouvelles
formes complexes d’organisation des communautés :
les caracoles (escargots).
Les autonomies en sortent renforcés,
de même que leur coordination. Et la grand nouveauté,
c’est qu’elles se vivent désormais hors de la clandestinité,
que la résistance est devenue publique et ouverte, comme
une sorte de victoire.
Collectif Viva Zapata - Maison des
Associations - 15 rue des Savoises - 1205 Genève - E-Mail:
vivazapataginebra@yahoo.com.mx - Compte postal: 12-17077-9
[1] Accord de Libre Échange Nord Américain
(Canada – USA – Mexique) , entré en vigueur le 1er
janvier 1994.
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