Disons donc nettement, puisque tant de gens instruits et sincères paraissent l'ignorer, que l'aïeule réelle de notre chimie est l'ancienne spagyrie, et non la science hermétique elle-même. Il y a, en effet, un abîme profond entre la spagyrie et l'alchimie. ...
Il y eut au moyen âge, - vraisemblablement même dans l'antiquité grecque, si nous nous référons aux uvres de Zozimeet d'Ostanès, - deux degrés, deux ordres de recherches dans la science chimique : la spagyrie et l'archimie. Ces deux branches d'un même art exotérique se diffusaient dans la classe laborieuse par la pratique du laboratoire. ... Quant aux archimistes, ils formaient une catégorie spéciale, plus restreinte, plus obscure aussi, parmi les chimistes anciens. Le but qu'ils poursuivaient présentait quelques analogies avec celui des alchimistes, mais les matériaux et les moyens dont ils disposaient pour l'atteindre étaient uniquement des matériaux et des moyens chimiques. Transmuter les métaux les uns dans les autres; produire l'or et l'argent en partant de minerais vulgaires ou de composés métalliques salins; obliger l'or contenu potentiellement dans l'argent, l'argent dans l'étain, à devenir actuels et extractibles, voilà ce que l'archimiste avait en vue. C'était, en définitive, un spagyriste cantonné dans le règne minéral.
D'autres parlent de chrysopée et d'argyropée pour préciser l'objectif de la transmutation à réaliser, mais il paraît plus clair de considérer comme appartenant à la spagyrie tout procédé dont l'objectif est de produire de l'or ou de l'argent et non la Pierre Philosophale. Jean Maverik , dans son prolégomènes , nous dit:
Pour celui qui n'est pas aveuglé par les principes
étroits d'une éducation conventinnelle, pour l'initié
enfin, il est de toute évidence que la conquête de
l'alchimie par l'humanité, remonte aux temps lointains
où resplendissait le règne de l'Esprit.
Ce n'est qu'au déclin de cette science divine,
qu'apparut la chimie ancienne, dite Spagyrique, laquelle
n'est qu'une fille dégénérée de l'Alchimie.
Toutefois, la chimie spagyrique était, en quelque
sorte, empreinte des vestiges de l'Esprit, car les
principes sur lesquels elle reposait, participaient
encore des uvres de la Nature.
C'est ainsi que les matériaux qu'elle utilisait,
étaient des produits naturels, et que ses opérations,
tendaient à provoquer l'évolution de la matière par
des chaleurs matûrantes, se rattachaient d'assez près
à celles qui concourent à la génération des mixtes.
A l'inverse, les opérations brèves et profanes de la
chimie moderne, n'engendrent que des produits
artificiels, stériles et bruts, desquels est exclu tout
ce qui pourrait être propice à l'évolution naturelle
de la matière, qui est la cause essentielle de
l'amélioration et du perfectionnement des minéraux.
Les chaleurs qu'utilise la chimie moderne, sont d'une
telle violence, qu'elles détruisent irrémédiablement
le principe générateur de l'évolution minérale,
contenu dans la matière.
Nous pensons que ces raisons suffiront au lecteur
judicieux, pour qu'il puisse clairement distinguer le
chimie métallique des anciens, de celle des modernes.
Maverik parle à une époque où la structure et les propriétés nucléaires de l'atome n'étaient pas connues : on pouvait alors dire n'importe quoi. En effet, vous verrez plus loin qu'il existe une méthode de production d'or à partir d'un brusque chauffage, ce qui contredit l'assertion de Maverik, mais aussi de Fulcanelli qui s'est inspiré de l'ouvrage de Maverik pour parler de la génération métallique.